Voyager en Chine avec son propre véhicule : notre retour d’expérience

Publié le par untouracinq

Nous avions trouvé peu d’infos pratico-pratiques sur le self-drive en Chine lors de nos recherches avant de partir. Dans cet article, je vais m’appuyer sur notre expérience évidemment (traversée de la Chine de la Mongolie au Laos, 30 jours, septembre 2015), ainsi que sur celles d’autres voyageurs rencontrés sur la route (un convoi de 24 jours de mongolie au laos en octobre 2015, un autre de 32 jours du Kirghizstan au Laos en septembre 2015).

En préambule, je rappelle à ceux qui en sont au début de leurs recherches qu’à ma connaissance, il faut passer par une agence pour traverser la Chine avec son propre véhicule. Cf l’article que j’avais rédigé à ce sujet avant de partir. Il semble que des motards auraient réussi à se passer de guide cet automne, en payant toujours une forte somme. Mais je n’ai pas creusé cette info car c’était trop tard pour nous. Je vous suggère le forum « the hubb » du site horizonsunlimited.com pour des infos à jour sur le sujet (en anglais). De notre côté, nous avons rencontré une dizaine de voyageurs à Ulaan Bator en aout 2015 prévoyant ou ayant traversé la Chine, et tous sont passés par une agence.

Le choix de l’agence

Il existe plusieurs agences sur le marché. Navo semble très connue et la plus répandue, Chinaoverland est réputée pour son sérieux (c’est une agence néerlandaise je crois), et Greatway Chengdu Tour pour ses prix plus bas que la concurrence. A noter : les agences « Voyage au Tibet », « Voyage en Chine » et d’autres encore sont toutes des « sous-marques » de Greatway. Dans la mesure où nous parlons d’une traversée coutant plusieurs milliers d’euros, après plusieurs devis nous avons choisi de prendre l’agence la moins chère : Greatway. Bien vérifier dans les devis que les frais liés au guide soient bien inclus dans le forfait.

La formation du groupe

Ayant l’angoisse de ne trouver personne et de devoir débourser près de 6 000€ pour traverser seuls (nous n’aurions pas pu, d’ailleurs…), nous avons squatté très tôt les forums de voyage, en anglais et en français à la recherche d’autres personnes intéressées. Les contacts se sont précisés entre novembre 2014 et janvier 2015, date à a laquelle nous étions 7 véhicules confirmés. Ce travail de recherche me semble important car je n’ai pas l’impression que les agences soient très actives pour regrouper des voyageurs isolés, dans la mesure où c’est plus intéressant pour elles d’organiser plusieurs convois séparés. Nous avons ainsi croisé plusieurs voyageurs, sur un parcours semblable au nôtre et dans un timing compatible, qui ont du supporter les frais seuls faute d’avoir réussi à former un convoi… gloups !

Lors de nos premiers échanges, l’agence m’a indiqué qu’il était préférable de ne pas mélanger dans le convoi des motos et des 4 roues, sous prétexte que les deux ne peuvent pas circuler sur les mêmes routes (les motos sont officiellement interdites sur les autoroutes, tandis que les routes secondaires sont parfois trop embouteillées pour les voitures). Au final, si vous cherchez de la flexibilité, il est certainement préférable de mixer les 2 ! J’y reviendrai plus tard dans la partie « rouler en convoi ? »

Constituer un groupe tôt n’est malheureusement pas une garantie de fiabilité : 3 véhicules de notre groupe se sont désistés dans les toutes dernières semaines, trop tard pour trouver des « remplaçants » et la note pour chacun des véhicules restants a augmenté de 500€. D’autant plus rageant que j’avais eu d’autres contacts de voyageurs intéressés au printemps mais les avait orienté vers un autre groupe pour ne pas « surcharger » le nôtre… Moralité : penser à faire du surbooking ? ;-)

Précision importante : l'un des véhicules du convoi est entré en chine avec un chien alors qu'il y a normalement une histoire de quarantaine. Beaucoup de paperasse mais aucun problème particulier à la douane ou en cours de route.

Voyager en Chine avec son propre véhicule : notre retour d’expérience

Le coût

Il dépend évidemment de la durée de la traversée et du nombre de véhicules (la traversée du Tibet est soumise à une « taxe » supplémentaire). A titre indicatif nous avons payé 2000€/véhicule, pour couvrir les frais d’agence à savoir : toute la paperasse (immatriculation et permis chinois, autorisations de circuler etc.), tous les frais liés au guide ainsi qu’une assurance pour le véhicule.

A côté du « forfait » payé à l’agence, il faut prévoir d’autres frais tels que les péages et les frais de parking. Nous avons pris l’autoroute sur la première partie du trajet, et les routes secondaires à partir du Sichuan et pour le reste du trajet. Prévoir 100€/semaine en moyenne pour du « tout autoroute ». Au final même si nous avons trouvé cela très cher pendant les 2 premières semaines, nous sommes plutôt satisfaits de notre choix : autoroutes dans la partie nord et centrale (moins jolie et avec de nombreux camions chargés de charbon sur les nationales) et routes secondaires pittoresques dans le Sichuan et du Yunnan. Un itinéraire sans autoroute me semble difficile à réaliser compte tenu des distances à parcourir. A noter pour les poids-lourds : les véhicules sont pesés à chaque péage et le tarif augmente avec le poids. Nous avons insisté auprès de notre guide pour que tous les véhicules de notre convoi passent en catégorie 1, y compris les poids-lourds. Ca a parfois demandé un peu de temps mais ça a toujours été accepté au final. Cela implique de passer le péage tous ensemble.

Pour les frais de parking, à coût de 1€ par ci, 1€ par là, nous avons dépensé environ 50€/véhicule. Pour limiter cette dépense nous avons rapidement laissé tomber les bivouacs sur les sites touristiques que voulait nous imposer notre guide.

Pour faire 6000km, nous avons dépensé environ 400€ de gasoil (consommation autour de 9l/100km).

Au total, en ajoutant les frais indiqués ci-dessus, les visites et les ravitaillements, la traversée de la Chine en camping-car nous a couté environ 3 500€.

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L’itinéraire

C’est certainement la plus vaste blague de toute cette histoire ! L’agence a des itinéraires tout prêts, qu’il est possible de customiser sans aucun problème avant le départ. J’y travaille un peu dessus, demande d’ajouter les parcs au nord de Chengdu, un détour vers les rizières en terrasse au sud etc. Pas de problème, à chaque mail de ma part je reçois dans les 2 jours la nouvelle proposition avec les nouveaux points d’intérêt. Jour 1, jour 2, Jour 3 etc. Sauf qu’ajouter un tronçon de 450km sur une journée pour que ça rentre sur le papier c’est facile, mais dans la réalité quand en plus sur ce tronçon il faut passer un col à 4000mètres et qu’on doit se suivre en convoi avec un poids lourd qui roule en deuxième dans les descentes (et nous qui n’allons guère plus vite avec notre problème de transmission)… comment vous dire… Bref, dès les premiers jours nous nous sommes rendus compte que nous ne pourrions pas tenir la cadence et nous avons décidé, tous ensemble, de couper certaines étapes. Ca a été également le cas du groupe passé après nous sur le même itinéraire. Mais encore faut-il que tout le monde soit d’accord, car cet itinéraire détaillé, on l’a quand même tous dans nos dossiers depuis plusieurs mois ! A noter que notre guide ne nous a été d’aucun secours sur ce point, ce contentant de dire que le patron qui nous envoie les itinéraires depuis son bureau n’a pas voyagé sur le terrain depuis longtemps…

Le guide

En ce qui concerne le guide, cela semble variable d’un convoi à un autre. Certains sont « cools » et permettent une grande flexibilité au sein du groupe, certains sont de vrais guides, donnant des informations sur leur pays, on nous a parlé d’un guide très « aidant » dans la recherche de bivouacs et de places de parking gratuits. Nous avons eu un guide parfois boudeur lorsque nous n’étions pas de son avis, souvent inutile puisqu’il nous donnait des infos fausses (sur les horaires, les tarifs des visites etc.), ne comprenant pas pourquoi nus ne voulions pas dormir sur les parking des sites à visiter). Très peu de valeur ajoutée non plus lorsqu’il s’est agit de nous aider sur des points particuliers (recherche d’une batterie pour les brésiliens, de GPL pour les allemands, d’un pneu pour le poids lourd…). Nous avons senti qu’il était surtout là pour nous conduire, tous ensemble, d’un point A à un point B mais qu’il ne prenait aucun plaisir à trimballer un groupe de touristes occidentaux habitués à leur indépendance.

Nous étions 4 véhicules, et nous transportions le guide à tour de rôle, devant à la place du passager ; dans un autre convoi seuls les 2 plus gros véhicules prenaient le guide, et celui-ci restait derrière.

Tous les soirs, nous devions conduire le guide à son hôtel (et donc dormir pas loin d’une ville) et le récupérer le lendemain matin. Il n’a jamais voulu dormir dans l’un des camions malgré nos tentatives. Comme nous avons rapidement changé le programme, il devait parfois trouver un hôtel le jour même dans une ville où il n’était pas prévu de s’arrêter initialement. Cela ne lui plaisait pas et il nous le faisait sentir ;-) Dans un autre groupe, le guide a accepté avec plaisir de passer quelques nuits sous la tente pour permettre au groupe des bivouacs dans la nature.

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La caution

La Chine ne reconnait pas le carnet de passage en douane et réclame une caution pour le véhicule à l’entrée de son territoire. Malgré tous nos efforts, nous n’avons jamais compris clairement qui de l’agence ou de la douane fixait le montant, ni sur quels critères (un poids lourd de plus de 30 ans a payé quasiment le même prix que nous pour un camping-car de 12 ans, mais un 4x4 récent a payé moins que nous…). L’agence nous a donné une « estimation » dès le début du projet, puis, une semaine avant d’entrer en Chine, elle nous a confirmée le montant de la caution à lui verser par virement. Certaines agences (navo par exemple) prennent intégralement en charge cette caution, mais pas la nôtre. J’avais néanmoins négocié la prise en charge par l’agence de 50% de la caution pour l’ensemble du groupe. Au final, le montant qui nous a été communiqué en août pour notre camping-car était bien plus élevé qu’annoncé par l’agence (9 500€ au lieu de 6 000€). Mais pas le choix, il a fallu payer ! Nous avons récupéré cette caution environ 1 mois après notre sortie de Chine.

Le visa

Dans les honoraires de l’agence figure la délivrance de la lettre d’invitation qui permet d’effectuer la demande de visa très simplement (pas besoin dans ce cas de relevé bancaire, ni de preuve de sortie du territoire comme c’est parfois le cas pour le visa chinois). Nous avons fait notre demande à Ulan-Baator pour un visa de 45 jours récupéré en 3 jours pour 30$/personne. Un conseil : demander 45 jours plutôt que 30 car c’est le même prix et cela permet d’anticiper d’éventuels décalages.

La vie quotidienne

Nous faisions nos courses dans les grandes villes environ 1 fois par semaine pour les gros approvisionnements, et de temps en temps dans les petits commerces (où on ne trouve pas grand-chose). Nous profitions de ces incursions en ville pour retirer de l’argent aux distributeurs « bank of China » ou ICBS. En effet la plupart des DAB installés près des sites touristiques ne prennent que des cartes locales. Et tout doit être payé en liquide en Chine puisque nos cartes sont refusées partout (centres commerciaux, sites touristiques, stations services…). Pas mal de temps perdu de ce côté-là…

L’eau pour les réservoirs est systématiquement payante en Chine (1 à 2€ pour 200 litres)

Les jours de route (quasiment tous les jours, donc), le guide nous imposait l’heure de la pause, et sa durée. Nous avons au début tenté de trouver un rythme qui nous convienne à tous, mais c’est franchement difficile : A 5 nous aurions eu besoin de plus de temps pour déjeuner et à l’inverse les pauses interrompaient souvent la sieste des enfants. Nous aimons rouler l’après-midi tandis que certains ne pouvaient pas rouler après 17h30, d’autres avaient l’habitude de sauter le repas de midi etc. Au final, nous avons donc tous fait des compromis et suivi le rythme imposé par le guide… en râlant un peu ;-)

Voyager en Chine avec son propre véhicule : notre retour d’expérience
Voyager en Chine avec son propre véhicule : notre retour d’expérience

Les bivouacs

Ah nous en avons fait des bivouacs pourris en Chine ! L’obligation de rester près des villes pour que le guide aille dans son hôtel nous a pas mal pénalisés de ce côté-là. Nous avons fait des terrains vagues, des usines de graviers, des bords de route… sur les lieux touristiques, notre guide voulait nous faire dormir sur les parkings mais 3 véhicules sur 4 en ayant assez de payer à chaque fois, nous nous avons fini par nous débrouiller seuls pour trouver un emplacement. A quelques exceptions près, nous avons quasiment tout le temps dormi les 4 véhicules ensemble. Un autre convoi rencontré à réussi à grappiller des jours en élaguant le programme pour rester 2 nuits au même endroit, en pleine campagne (ayant fait 60km A/R pour déposer leur guide à l’hôtel…). Comme je l’ai dit plus haut, un autre convoi est parvenu à dormir plusieurs fois dans la campagne avec son guide. Nous avons quand même fait de jolis bivouacs près du lac Lugu, ou bien au bord du Mékong.

Convoi ou pas convoi ?

La question du convoi (le fait de rouler les uns derrière les autres) a été largement débattue dans notre groupe, certains ne souhaitant pas être « pénalisés » par les véhicules plus lents. Notre guide a toujours maintenu sa position, prétextant qu’il fallait être groupés aux check points (nous en avons vu 3 sur tout le parcours). Cela nous a aussi été utile pour payer le minimum sur les autoroutes. Il a lâché du lest à 2 ou 3 reprises lorsque des véhicules ont « sauté » telle ou telle visite et que nous avons du nous donner des points de RDV. Des personnes ayant voyagés dans un convoi mêlant motos et voitures/camping-car nous ont confirmé qu’elles avaient eu une large autonomie, les véhicules ne pouvant de fait pas prendre la même route. Souvent, ils ne bivouaquaient pas au même endroit, le guide s’assurant simplement par téléphone que tout se passait bien.

Voyager en Chine avec son propre véhicule : notre retour d’expérience
Voyager en Chine avec son propre véhicule : notre retour d’expérience

Notre avis au final

Il est évident que le self-driving en Chine n’est pas le mode de voyage idéal pour les amoureux d’indépendance que nous sommes. Pour nous, c’était néanmoins le moyen le moins cher de rejoindre l’asie du sud-est depuis la Mongolie (pour les plus petits véhicules, je pense que l’option, bateau depuis Vladivostok via la Corée et/ou le Japon est plus intéressante). Notre guide n’était certainement pas le meilleur, mais il aurait aussi pu être pire ! L’agence que nous avons choisie a été un peu légère sur la partie itinéraire, et répondait rarement de manière claire à nos questions. Mais nous n’avons pas eu de grosse surprise, et nous avons bien tous récupéré notre caution à l’issue de la traversée.

Publié dans Chine, infos pratiques

Commenter cet article

La Vie en Rose 03/02/2016 20:44

Un grand Merci pour le partage................bravo

Mary 12/02/2016 05:58

c'est fait pour ;-)

Tine Van der Wee 16/01/2016 21:30

Merci pour cet article! Pourrais-tu encore m'ajouter les forum de voyage que vous avez fouillé pour trouver des co-voyageurs? J'ai déjà lance la question sur le Hubb il y a plusieurs mois mais rien... Merci!!!

Catherine 15/01/2016 11:08

Bravo pour cet article qui donne des informations récentes sur la traversée de la Chine et ses aspects pratiques. Bonne route!